Samedi 11 avril 2009 6 11 /04 /2009 15:24
NB: les posts de la catégorie 'regards' sont des analyses courtes et argumentées, faites par des membres du LABO76 sur des sujets d'actualité liés aux travaux du labo (plan de relance de l'économie, inégalités de santé, environnement et énergie...). Si vous souhaitez participer au débat et envoyer vos analyses, contactez-nous par email: contact@lelabo76.com

Quelques semaines après l’élection de Sarkozy, des responsables du PS avaient saisi le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) pour lui demander de garantir, comme la loi lui en donne la mission, le respect de l’expression pluraliste des courants de pensée politique à la radio et à la télévision en prenant en compte les interventions du président de la République et de ses collaborateurs.

En effet, le CSA estimait, jusqu’à présent, que, « par principe », le temps de parole du chef de l’Etat sur les antennes ne devait pas être considéré comme participant du débat politique national car, sous la 5e République, l’hôte de l’Elysée ne serait qu’un arbitre, au dessus des partis et des contingences de la vie politique.

Cette interprétation du rôle et du pouvoir du président de la République, si elle était déjà contestable avant mai 2007, est depuis lors tout à fait erronée, car s’il y a bien une « rupture » que Sarkozy a réussi, c’est celle ayant consisté à s’investir lui-même, en plus de ses prérogatives de chef de l’Etat, de celles de chef du gouvernement et de la majorité parlementaire, réduisant définitivement le Premier ministre au rang de simple « collaborateur » et les députés et sénateurs de l’UMP à celui de godillots.

C’est pourquoi la décision du CSA du 3 octobre 2007 de refuser de revoir ses règles de comptabilisation des interventions politiques sur les antennes était tout à fait scandaleuse, qui plus est significative de la perte quasi-totale de crédibilité d’une autorité de régulation devenue dépendante du pouvoir du fait de sa composition (à l’heure actuelle, tous ses membres ont été nommés par la droite, et son président, l’inénarrable M. Boyon, est l’ancien directeur du cabinet de Raffarin à Matignon).

Dans ce contexte, l’arrêt du Conseil d’Etat du 3 avril dernier rendu public ce 8 avril mettra du baume au cœur à tous les défenseurs des libertés publiques, bien mises à mal depuis quelques mois.

En rappelant au CSA qu’il était de son devoir, de par la loi, de garantir le respect de l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion à la radio et à la télévision, la Haute Juridiction administrative oblige ainsi cette instance à comptabiliser le temps de parole de Sarkozy et de ses sbires sur les ondes, et donc à revoir ses règles de contrôle du respect du pluralisme.

Il va désormais falloir s’assurer que le CSA assure réellement un « rééquilibrage » des temps de parole au profit de l’opposition parlementaire, en incluant les interventions du président de la République à celles de la majorité.

Cette décision de justice, qui permet de croire de nouveau en « notre » Etat de droit, est le signe que la défense des libertés n’est jamais un vain combat.

La prochaine étape consistera à obliger la droite à revenir sur sa réforme inique de l’audiovisuel public, organisant la mise sous tutelle gouvernementale des radios et des télévisions de service public, comme le montrent aujourd’hui le changement de président à Radio France ou la restructuration « sauvage » de RFI.

Julien Collette, le 8 avril 2009.
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Mercredi 8 avril 2009 3 08 /04 /2009 12:46
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Europe, G20 de Londres, OTAN... De nombreux enjeux sont internationaux. Mais les caprices de Monsieur Sarkozy menaçant de « claquer la porte » du G20 ou divisant l'Europe pour une catégorie très particulière à des fins électoralistes hexagonales sont indécents et prouvent s'il le fallait son absence de vision.

Car enfin, le devenir de la planète, l'effet de serre, les évolutions climatiques, le bilan carbone inquiétant, la famine touchant 1 milliard d'individus, le terrorisme, l'écart affolant et grandissant entre pays riches et pauvres, l'air que nous respirons, l'eau que nous buvons, la sécurité... Tous ces sujets doivent être traités au niveau de la planète. Raisonner, agir avec l'esprit de tribu, de clan, rendra impossible la recherche et la mise en œuvre de solutions. Il n'y a que dans Astérix que le village Gaulois gagne... et c'est l'esprit même de cela qu'il faut changer. Bien sûr chaque pays doit vivre en indépendance, s'organiser s'administrer librement. Mais dès lors qu'un sujet, qu'un projet, qu'une menace concernent plusieurs pays, plusieurs continents, c'est une réponse commune qui doit être recherchée et apportée.

Il faut donc d'abord élever la réflexion à un niveau global.
C'est pourquoi la gauche en Europe doit élaborer une plateforme commune sur les bases fondamentales du socialisme. Nos valeurs universelles permettent cette pensée, cette approche globale déterminant les axes, le cadre de l'action de l'Europe, de ses priorités et de ses politiques. Ce doit être dans ce cadre que se développe ensuite la politique de chaque État. Pensée globale, action locale, c'est désormais dans cet ordre qu'il faut avancer. C'est un renversement incontournable si l'on veut que l'Homme ne conduise pas la planète à sa perte. Le libéralisme fou, fondé sur les intérêts privés, l'argent roi, le mépris de la justice et de l'équité, la recherche effrénée du profit, l'excitation des intérêts catégoriels... c'est ce que la droite et le capitalisme ont attisé. Avec le résultat que l'on sait aujourd'hui. Intérêts particuliers, privés, locaux, ne peuvent en s'additionnant aboutir aux solutions globales. C'est pourquoi il faut changer.

La droite ne la pas compris, pensant que la photo des 20 à Londres suffirait... et chacun de rentrer chez soi satisfait de voir les bourses et le CAC 40 se redresser... Pour combien de temps? La gauche doit saisir l'occasion de mettre ses valeurs au centre de la pensée globale.

Marie Le Vern
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Jeudi 2 avril 2009 4 02 /04 /2009 01:22

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Nicolas Sarkozy sait-il gérer l’argent public ? En s’en tenant aux faits incontestables, la question mérite d’être posée. Qu’on en juge :

 

1993-1995 : Nicolas Sarkozy est Ministre du budget. En seulement trois ans, la dette publique explose (+40%), le déficit public s’envole (+20%).

 

Depuis 2007 : Nicolas Sarkozy est Président de la République. La dette publique devrait dépasser les 80% de la richesse nationale d’ici 2011, alors que les règles européennes la limitent à 60%. Quant au déficit public, il a plus que doublé en deux ans et franchira le seuil des 100 milliards d’Euros dès 2009.

 

Bien sûr, le Président de la République n’y est pour rien. La grande, la seule coupable, c’est la crise. Il est frappant de constater à quel point la propension de Nicolas Sarkozy à s’attribuer tous les succès n’a d’égal que sa capacité à s’exonérer de tous ses échecs.

 

Nul ne conteste ni la dimension internationale de la crise, ni sa gravité, ni l’urgence d’agir fort et vite. Raison de plus pour que le gouvernement donne la priorité, dans ses choix budgétaires et fiscaux, à la justice sociale et à l’aide aux Français les plus en difficulté. Or, c’est exactement l’inverse.

 

Au lieu de soutenir le pouvoir d’achat des plus modestes, il conserve un bouclier fiscal qui permet à 834 contribuables fortunés de recevoir un chèque moyen de 368 000 Euros, soit l’équivalent d’un SMIC pendant 25 ans. Au lieu d’agir pour l’emploi, il maintient le dispositif de défiscalisation des heures supplémentaires qui conduit à ce que la dépense d’Etat freine l’embauche. Au lieu d’investir massivement dans les secteurs prioritaires – logement, éducation, recherche, environnement – il préfère gaspiller 2,5 milliards d’Euros en finançant une baisse de TVA dans la restauration qui n’aura aucun effet sur le pouvoir d’achat de la très grande majorité des Français.

 

Au lieu d’admettre qu’il s’est trompé – ce serait l’honneur d’un Homme d’Etat – Nicolas Sarkozy s’obstine dans des choix inadaptés qui obèrent l’avenir. Avec la crise, son paquet fiscal est devenu notre boulet fiscal.

 

Alors que les Français attendent plus de justice, Nicolas Sarkozy crée plus d’injustice en menant une politique fiscalement inéquitable, économiquement inefficace et budgétairement inepte. En temps de crise, on peut redouter qu’elle suscite la révolte et finisse par mettre en péril la cohésion même du pays.

Nicolas Mayer-Rossignol est à l'initiative du LABO76.

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Mercredi 25 mars 2009 3 25 /03 /2009 11:04

Malgré les efforts de communication déployés par le gouvernement, le mouvement de protestation dans les universités et dans les organismes de recherche ne faiblit pas, il se développe. Comment sortir de la crise ? Comment faire de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche de vraies priorités ?

 

Le Groupement Socialiste Universitaire de Rouen vous invite à un grand débat citoyen avec Bertrand MONTHUBERT, secrétaire national du Parti Socialiste à l’enseignement supérieur et à la recherche, sur le thème :

 

« Recherche et enseignement supérieur : halte au massacre gouvernemental »

 

Mardi 31 Mars à partir de 20h

A la Maison de l’Université, Place Emile Blondel, à Mont Saint-Aignan.

 

En présence de :

Nicolas MAYER-ROSSIGNOL, responsable du Groupement Socialiste Universitaire de Rouen

Loïc LUCAS, Vice-Président étudiant de l’Université de Rouen

Christophe BOUILLON, Député de Seine-Maritime, Premier Secrétaire fédéral de Seine-Maritime du PS

Yves LEONARD, Premier Secrétaire fédéral de l’Eure du PS

Aurélien BATEUX, animateur fédéral du Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS)

 

Et de nombreux responsables syndicaux, étudiants, enseignants, chercheurs, personnels BIATOSS… de l’Université de Rouen.

 

Pour toute info :
http://gsurouen.wordpress.com/
GSU.Rouen@gmail.com ou 06.29.34.37.30.

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Lundi 16 mars 2009 1 16 /03 /2009 12:57
NB: les posts de la catégorie 'regards' sont des analyses courtes et argumentées, faites par des membres du LABO76 sur des sujets d'actualité liés aux travaux du labo (plan de relance de l'économie, inégalités de santé, environnement et énergie...). Si vous souhaitez participer au débat et envoyer vos analyses, contactez nous par email: contact@lelabo76.com

Peu de mots suscitent, parmi les dirigeants et les leaders d’opinion en Europe, autant de démagogie politique, de raccourcis historiques, d’approximations économiques et de haut-le-cœur moraux que « protectionnisme ». Pourtant, la crise mondiale du capitalisme, sa dureté, sa durée, devraient inciter à traiter ce sujet avec réflexion plutôt que par réflexe.

Le procès du protectionnisme
Le monde ne risque pas de devenir protectionniste pour la bonne raison… qu’il l’est déjà ! L’Europe est protectionniste quand elle ferme une part de ses marchés aux productions agricoles des pays tiers, singulièrement d’Afrique. Les États-Unis sont protectionnistes quand ils usent de l’arme tarifaire ou financent le secteur de l’armement par le biais des commandes publiques. La Chine, surtout, est protectionniste. Passons sur les restrictions massives faites aux importations et aux investissements sur son territoire, sans que personne s’émeuve de cette absence flagrante de réciprocité. En sous-évaluant sciemment sa monnaie, la République populaire subventionne massivement ses exportations. Dans le même temps, ayant favorisé l’exode rural de 200 millions de personnes en quinze ans sans instaurer de protection sociale, les cadres du Parti communiste s’assurent une main-d’œuvre bon marché quasi inépuisable et garantissent de faibles coûts de production aux entreprises nationales comme aux multinationales occidentales. Comble de l’ironie, les rares voix qui ont dénoncé cette forme agressive de mercantilisme ont subi un procès en… protectionnisme !

Autant que l’immoralité des traders ou que l’absence de régulation financière, la stratégie commerciale de la Chine est une donnée fondamentale de la crise. En permettant à son industrie d’inonder les marchés occidentaux de produits à bas prix, elle a accéléré la désindustrialisation de l’Europe et de l’Amérique du Nord. Et amplifié la pression à la baisse sur les salaires à l’origine de l’explosion de l’endettement privé (aux Etats-Unis et au Royaume-Uni) ou public (en France).

Et l’Europe dans tout cela ? Si l’on excepte la politique agricole commune, elle est le continent libre-échangiste dans un monde protectionniste. Pas étonnant, dès lors, que son industrie se réduise comme peau de chagrin ou que ses classes moyennes sombrent dans la pauvreté ! Quant aux prétendues vertus créatrices du libre-échange, la situation de l’automobile les réduit à néant. Ces dernières années, la principale innovation des constructeurs européens a consisté à faire produire des véhicules polluants dans les pays à bas coût, dans l’Est ou dans le Sud, et à différer l’arrivée de la voiture propre.
La question ne devrait plus être : « L’Europe va-t-elle céder au protectionnisme  ? » mais « Comment compte-t-elle répondre au protectionnisme ambiant ? » Il est temps que les responsables européens acceptent, sur les questions commerciales, de renoncer à une naïveté qui serait risible si elle ne laissait pas des millions de salariés sur le carreau.

Trois réflexions éclairent ce débat :

1) Une forme dangereuse de protectionnisme doit être rejetée, celle qui aboutit à des réactions de fermeture commerciale en cascade. C’est le cas, par exemple, du projet « Buy American » qui obligerait à utiliser de l’acier ou de la fonte made in USA pour les projets d’infrastructures nécessaires à la relance. Une telle décision obligerait les partenaires commerciaux des Etats-Unis à une mesure similaire et, au total, personne n’en sortirait gagnant. Pour dissuader toute velléité de ce type, l’Union européenne doit être ferme et dire que, si elle devait y être confrontée, elle prendrait immédiatement des mesures de rétorsion.

2) En période de récession, les aides directes aux entreprises menacées sont nécessaires. S’interdire d’y recourir au prétexte qu’elles seraient protectionnistes est absurde : comment développer une activité industrielle quand celle-ci a disparu ? Les aides directes aux secteurs dans la tourmente doivent cependant présenter deux caractéristiques : être ponctuelles et favoriser l’innovation. C’est ainsi qu’il faut examiner les plans nationaux à l’automobile – « protectionnistes », selon certains bons esprits. L’idéal serait, bien sûr, que la mobilisation en faveur de la filière fût impulsée au niveau communautaire. Mais, en l’absence d’une politique industrielle et de recherche européenne, d’harmonisation fiscale et sociale parmi les Vingt-Sept, il est légitime que les Etats prennent leur responsabilité et imposent le maintien de l’activité sur leur territoire en contrepartie de leur soutien. Il faudrait même aller plus loin, par exemple en indiquant, sur les fiches de vente, le taux d’émission de CO2 que la fabrication ou le transport ont généré, le lieu de production du véhicule, le montant et les conditions des subventions perçues par le constructeur. Les lobbies et les grands groupes combattent ce principe de traçabilité, mais les consommateurs et les salariés européens ont tout à y gagner.

3) Reste la racine du problème : le protectionnisme chinois, et d’abord son versant monétaire. Les pressions doivent s’intensifier pour que la Chine, dans le cadre d’un nouveau « Bretton Woods », accepte que le yuan s’apprécie conformément à la situation économique. Au plan commercial, le pragmatisme commande. Face au protectionnisme, de nouvelles règles d’équité et de réciprocité doivent prévaloir. A quoi bon laisser s’installer une concurrence sauvage entre des pays qui refusent toute avancée sociale ou environnementale et ceux qui s’orientent vers une économie sociale et écologique de marché ? Il n’y a que dans des modèles théoriques hors sol qu’une telle rivalité peut être bénéfique. Si l’on veut maintenir des activités économiques vitales en Europe, continent de la social-écologie, et contraindre les autres grands ensembles à respecter graduellement les normes internationales en matière de droit du travail ou d’émission de CO2, des règles de compensation – des écluses sociales et écologiques – sont indispensables pour rétablir les conditions d’un juste échange. Ainsi les règles commerciales n’aboutiront pas à avantager les dumpings en tout genre ! Au contraire, en faisant payer la « différence » par les pays les moins protecteurs de leurs travailleurs et les plus destructeurs de leur environnement, elles soutiendront leur développement.

P-S: précisément, le PS, mon parti. Jusqu’ici, il a occulté ce débat, laissant aux libre-échangistes globaux et aux protectionnistes nationaux le soin de le dénaturer. Alors qu’il revient aux socialistes et aux sociaux-démocrates de réconcilier réalisme et internationalisme. Les élections européennes de juin prochain leur en donneront l’occasion. A quoi servirait, en effet, une majorité de gauche au Parlement de Strasbourg si celle-ci refusait, par un dogmatisme teinté d’irénisme, de protéger les salariés, les entreprises, les territoires européens ? Tirons, en France et en Europe, la grande leçon de la crise : pour protéger les multinationales, leurs dirigeants, leurs actionnaires, il existe des partis conservateurs et libéraux ; pour protéger les travailleurs, les producteurs, les créateurs, il y a la gauche.

Guillaume Bachelay est Secrétaire national du PS à la politique industrielle, aux entreprises et aux nouvelles technologies

Cet article a été publié dans le n°619 de Marianne, dans la rubrique Forum.
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