Regards

Lundi 9 novembre 2009 1 09 /11 /2009 16:03
Article publié dans Le Monde du 6 novembre 2009.

A trop vouloir singer les Florentins de Machiavel, on oublie la ruse de la raison chère à Hegel. Cette vérité, le président de la République pourrait en faire la cruelle expérience avec le "vrai débat sur l'identité nationale" qu'il vient de relancer par l'entremise de son ministre de l'immigration. Il croit tendre un piège à la gauche. Pour peu que celle-ci parle et qu'elle parle juste, le retour de bâton pourrait lui être fatal.

 


Nicolas Sarkozy veut diviser la gauche ? Qu'il médite le précédent survenu de l'autre côté de l'Atlantique. Loin de refuser le débat sur les "valeurs américaines", Barack Obama s'est délibérément placé sur ce terrain pour montrer qu'il était le dépositaire de la promesse des Pères fondateurs, bafouée par G.W. Bush et les néoconservateurs.

Eric Besson veut fédérer la droite ? Il a encore à apprendre du camp qu'il a rallié. Tout le monde n'y accole pas nation et immigration ! Il existe une droite républicaine dans notre pays, qui n'a pas oublié Romain Gary, né Kacew en 1914 à Vilnius, compagnon de la Libération, diplomate, écrivain, qui affirmait au crépuscule de sa vie : "Je n'ai aucun problème d'identité. Je me sens insolemment français."


L'UMP veut séduire l'extrême droite ? En 2007, son candidat l'a emporté parce qu'il a siphonné les voix du Front national, mais ces vases communicants électoraux avaient un prix : contre les bandes, "le Kärcher" ; contre l'individualisme, "la liquidation de Mai 68" ; contre le monde interdépendant, "l'immigration choisie". Deux ans et demi plus tard, alors qu'approchent les élections régionales, voilà que "la terre ne ment pas". En pure perte : les "ultras" n'en ont jamais pour leur argent...


L'"opération identité" téléguidée par l'Elysée ne met nullement le Parti socialiste dans l'embarras. Nous sommes le premier parti d'élus locaux du pays. De la mairie au monument aux morts en passant par l'école, nous montrons chaque jour notre attachement à la nation fédératrice, éducatrice, protectrice. Ont aussi été tirées les leçons des années de gouvernement et de ce qui coupa le PS de son ancrage populaire, ce technocratisme mâtiné d'élitisme qui n'évoquait l'histoire de France que pour demander pardon.


L'année du 150e anniversaire de la naissance de Jaurès, la gauche n'a aucun souci avec l'identité française. A nos yeux, elle signifie encore et toujours République. De Renan à Lavisse, la France s'est forgée contre une conception ethnico-nationale fondée sur des critères d'appartenance. Quand la "francitude" vire à l'étouffoir, comme avec la colonisation ou sous Vichy, notre pays éteint les Lumières et vit des nuits noires.


L'identité républicaine a plus de résonance encore avec la crise. Le chômage explose. La désindustrialisation fait des ravages. Les déficits publics s'accumulent. Pour nos concitoyens, le problème central, c'est la question sociale. Sur ce débat-là, le gouvernement reste discret ! Et pour cause : au lieu de réduire les inégalités, ses choix budgétaires et fiscaux les aggravent. Pire, il abîme les invariants qui, par-delà les conditions économiques et les alternances politiques, cimentaient la France : la séparation du politique et du religieux, une diplomatie singulière, une morale élémentaire qui ne faisait pas de l'argent la mesure de toute chose. Sur ce chemin républicain, nous vivons actuellement une dangereuse embardée.


L'identité de la France, au dedans comme du dehors, ce sont d'abord les droits de l'homme. Qu'en reste-t-il lorsque sont renvoyés des réfugiés dans un pays en guerre ? L'identité de la France, c'est la laïcité. Pourquoi la qualifier de "positive" : ne l'était-elle pas sans épithète ? Et à quoi rime la prétendue supériorité du prêtre sur l'instituteur "dans la transmission des valeurs" ?


L'identité de la France, c'est l'universalisme. Mais alors, pourquoi l'ethnocentrisme du discours de Dakar sur l'homme africain ou l'occidentalisme qui sous-tend le retour au sein du commandement intégré de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord (OTAN) ?


L'identité de la France, c'est l'égalité. Entre 2002 et 2009, 5 % des Français les plus aisés ont bénéficié des deux tiers des 30 milliards de baisses d'impôts. Quant à notre système de protection sociale, fondement du modèle français et amortisseur de crise de l'aveu même de ses contempteurs, il est attaqué de tous côtés : santé, retraites, accidents du travail, chômage, rien n'échappe au rasoir libéral.


Enfin, l'identité de la France, c'est la liberté qui consiste aussi à ne pas imposer ces grands principes à coups de matraque ou de règle. C'est par la force de son projet que la République, fille de la raison, veut l'adhésion de tous les Français. On n'impose pas une identité : on la construit. Par le respect des personnes et des engagements. C'est probablement là que le sarkozysme pèche le plus. Par calcul et tempérament, il divise au lieu de rassembler, comme si, pour faire nation, il fallait trier "le bon grain de l'ivraie", le "bon" jeune et le délinquant, la France qui "se lève tôt" et celle qui est exclue du marché du travail. Par idéologie, il stoppe les moteurs de la cohésion nationale. Où sont le plan Marshall pour les banlieues, les crédits pour les associations des quartiers populaires, les dotations pérennes pour les collectivités locales, le soutien aux services publics, Poste, hôpital, police, justice, et à leurs agents ? Et l'école de l'égalité réelle, où est-elle, à l'heure de la ghettoïsation, de la fin de la carte scolaire, de la suppression par milliers de postes de professeurs ?

Décidément, dans ce "débat", le Parti socialiste n'a pas à avoir honte. Il est temps qu'il se dresse face aux tenants de l'identité Fouquet's pour leur dire comme Jaurès aux démolisseurs d'il y a un siècle : "Puisque vous désertez la politique républicaine, c'est nous, socialistes, qui la ferons."


Membre du Labo76, Guillaume Bachelay est conseiller général de Seine-Maritime et secrétaire national du Parti socialiste.
Par LE LABO76 - Publié dans : Regards
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Mercredi 10 juin 2009 3 10 /06 /2009 22:53

Article publié dans Le Monde du 11 juin 2009

L’abstention massive à l’élection européenne du 7 juin révèle un paradoxe : alors que l’Union traverse la pire crise économique et sociale de son histoire, l’enjeu d’une réponse européenne à cette crise n’a guère passionné les foules. Pourtant la crise est toujours là, et la question demeure : que peut faire l’Europe ? Est-elle condamnée à regarder, bras ballants, passer les trains des délocalisations et des licenciements ? Quel est le niveau socialement utile, économiquement efficace et politiquement acceptable d’intervention de la puissance publique européenne ?

 

Paradoxalement, la réponse à cette question est peut-être à chercher dans le droit de la concurrence. Il n’y a pas d’arsenal législatif plus complet, d’action publique mieux outillée, de politique plus interventionniste que celle conduite en Europe au nom du désormais célèbre principe de « concurrence libre et non faussée ». Les autorités nationales et européennes de la concurrence peuvent infliger des amendes de plusieurs centaines de millions d’euros. Elles peuvent obliger une entreprise à se séparer de ses filiales. Elles peuvent mener des inspections sans préavis, confisquer des documents, poser des scellés. Elles peuvent empêcher des rapprochements stratégiques ou en favoriser d’autres.

 

Est-il souhaitable que l’Europe dispose de moyens aussi considérables pour appliquer un principe hautement contesté, et aussi faibles pour agir face aux licenciements ? Pourquoi la puissance publique devrait-elle s’excuser d’intervenir au nom des salariés, alors qu’elle le fait quasi-quotidiennement au nom de la concurrence ?

 

Une mesure simple pourrait être prise: que l’Europe se dote d’une législation, contraignante dans tous les Etats-membres, qui empêche les licenciements abusifs. Isolée, l’idée peut paraître irréaliste ; au prisme du droit de la concurrence, elle prend toute sa crédibilité.

 

De la même manière que le réseau des autorités nationales et européennes de la concurrence supervise les décisions industrielles des entreprises, l’Europe pourrait, si elle le souhaitait, se doter d’un réseau d’autorités de protection des salariés, disposant d’un véritable droit de regard sur les délocalisations et les licenciements sur son territoire.

 

De la même manière que les autorités de la concurrence disposent d’un pouvoir de sanction, les autorités de protection des salariés pourraient infliger des amendes quand des décisions sont contraires aux objectifs de progrès social, de croissance durable et de cohésion territoriale de l’Europe. Les entreprises qui procèdent à des licenciements alors qu'elles distribuent des dividendes pourraient être sanctionnées.

 

De la même manière que les fusions et acquisitions sont soumises à l’approbation des autorités de la concurrence qui jugent de leur pertinence économique, les décisions industrielles ayant un impact social important requerraient l’accord des autorités de protection des salariés au regard de la situation de l’entreprise, de sa politique de répartition des bénéfices et de ses perspectives. La coopération des autorités au sein du réseau garantirait que les décisions soient prises de manière collective, en évitant les dérives nationalistes.

 

De la même manière que les autorités de la concurrence peuvent conditionner leur accord à certaines décisions stratégiques (se séparer d’une filiale par exemple), l’accord des autorités de protection des salariés pourrait dépendre de la mise en œuvre de mesures sociales : plans de reclassement, augmentation des indemnités, développement de la formation professionnelle.

 

Les questions sociales et industrielles sont aussi incontestablement au cœur des préoccupations des citoyens européens qu’elles sont actuellement à la périphérie des politiques de l’Union. Pour peu que l’Europe se décide enfin à écouter ses peuples, le 7 juin peut marquer le début d’une nouvelle ère. Avec un zeste de courage politique et d’inventivité juridique, l’Union peut dire ‘stop’ aux licenciements abusifs. Paradoxalement, l’application d’un principe fondateur du libéralisme - la concurrence libre et non faussée - pourrait servir de modèle à un nouvel interventionnisme européen.

Nicolas Mayer-Rossignol est membre du LABO76.

Par LE LABO76 - Publié dans : Regards
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Vendredi 5 juin 2009 5 05 /06 /2009 09:46
Chaque jour jusqu'au 7 juin, le LABO76 vous présente une idée originale, concrète, réalisable, pour changer l'Europe en votant socialiste dimanche prochain.
Aujourd'hui, l'idée n°5: créer un stock européen de médicaments anti-grippe.

LABO76: Idée 5 Un stock européen de médicaments anti-grippe
envoyé par LABO76.

Vérifiez vous-mêmes que:
-en juin 2006, la Présidence autrichienne de l'Union européenne a clairement demandé aux ministres de la Santé européens (M. Bertrand à l'époque en France): voulez-vous un stock européen de médicaments antiviraux? (voir page 12/15 du document lié, malheureusement en anglais)
-à l'issue de cette réunion du Conseil, le sujet a purement et simplement été enterré au motif que "les aspects juridiques, techniques et financiers de cette question" doivent être étudiés. (voir page40/46 du document lié).
Par LE LABO76 - Publié dans : Regards
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Jeudi 4 juin 2009 4 04 /06 /2009 01:47
Chaque jour jusqu'au 7 juin, le LABO76 vous présente une idée originale, concrète, réalisable, pour changer l'Europe en votant socialiste dimanche prochain.
Aujourd'hui, l'idée n°4: autoriser le développement de médicaments issus de la recherche sur les cellules souches embryonnaires.

Vérifiez vous-mêmes que la droite européenne a bien tenté, en avril 2007, d'interdire par une loi européenne tout médicament issu de la recherche sur les cellules souches embryonnaires.
Par LE LABO76 - Publié dans : Regards
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Jeudi 4 juin 2009 4 04 /06 /2009 01:40
Chaque jour jusqu'au 7 juin, le LABO76 vous présente une idée originale, concrète, réalisable, pour changer l'Europe en votant socialiste dimanche prochain.
Aujourd'hui, l'idée n°3: diminuer la durée maximale du temps de travail pour lutter contre le dumping social.

que c'est bien la Présidence Sarkozy de l'Union européenne qui a conclu l'accord (rejeté ensuite par les socialistes européens) autorisant le travail à 65h par semaine dans toute l'Europe.
Par LE LABO76 - Publié dans : Regards
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander

Contact:

Recherche

Derniers Commentaires

 
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés